Essentiel à la transition énergétique, le minerai bleu qui entre dans la composition de la plupart des batteries électriques se négocie aujourd’hui au rabais, après avoir tutoyé les sommets en 2022. La faute, selon les Etats-Unis, au producteur chinois CMOC, accusé de manipuler les prix. Investissant des sommes colossales dans ses projets miniers en Afrique, le géant chinois anticipe, pourtant, la hausse attendue de la demande en cobalt dans les années à venir. Et s’appuie sur des technologies de pointe et la productivité importante de ses salariés pour proposer des prix attractifs.
La fièvre bleue. Stratégique, le cobalt, ce minerai indispensable à bien des technologies modernes, n’en finit pas de faire couler de l’encre. Sans cobalt en effet, pas d’ordinateurs, pas de smartphones, pas de cigarettes électroniques… et surtout pas de voitures électriques. Et sans cobalt donc, pas de transition énergétique qui tienne, c’est le cas de le dire, la route. De 230 000 tonnes en 2023, la production mondiale de cobalt pourrait ainsi exploser dans les années et décennies à venir, en suivant la courbe, exponentielle, de la demande en batteries électriques – que ce soit dans le secteur du stockage des énergies renouvelables (EnR), de l’électronique portable, des véhicules électriques ou encore de l’industrie.
En toute logique et sur un marché aussi mondialisé que celui du cobalt, la hausse de la demande devrait entraîner une hausse des prix du minerai bleu argenté. A fortiori quand plus de 70 % du cobalt mondialement produit provient des sous-sols d’un seul et unique pays : la République démocratique du Congo (RDC). Dans ce vaste pays d’Afrique centrale, la production de cobalt est, au-delà des milliers de mines artisanales et illégales qui concentrent l’attention des médias et ONG, majoritairement le fait de conglomérats chinois. Au premier rang desquels le groupe minier CMOC, leader mondial du cobalt et opérateur, en RDC, des mines géantes de Tenke Fungurume Mining (TFM) et Kisanfu Mining (KFM).
CMOC manipulerait-il les prix du cobalt ?
Relativement récents, ces deux sites ont désormais atteint leur pleine capacité de production et tournent, depuis peu, à plein régime. Dans un communiqué publié le 29 avril, le groupe CMOC a annoncé avoir produit, sur les sites de TFM et KFM réunis, 147 494 tonnes de cuivre et 25 202 tonnes de cobalt à la fin du premier trimestre 2024. Soit une augmentation respective de +122 % et +392 % par rapport aux niveaux de l’année dernière, au terme de laquelle le groupe a annoncé avoir produit quelque 55 000 tonnes de cobalt. Autrement dit, CMOC s’est, en quelques années, imposé comme un acteur absolument incontournable du cobalt et, par voie de conséquence, de la transition écologique mondiale.
C’est pourtant ce même groupe qui se retrouve dans le viseur des autorités américaines, celles-ci l’accusant, par la voix du sous-secrétaire à la croissance économique, de faire artificiellement baisser les prix du cobalt. « CMOC est à l’origine de cette offre excédentaire », a affirmé en mai dernier Jose Fernandez, « ce qui maintient les prix à la baisse ». Accusant le groupe chinois de pratiques « prédatrices », le haut fonctionnaire américain faisait ainsi référence aux récentes fluctuations du prix du cobalt qui, après avoir atteint un pic historique en 2022, s’est depuis effondré de près de -70 %. En d’autres termes, CMOC, profitant de sa position dominante sur le marché, manipulerait les prix à la baisse.
Un marché façonné par la compétitivité industrielle chinoise
Qu’en est-il vraiment ? Une évidence s’impose : après avoir injecté des milliards de dollars dans ses sites congolais, CMOC n’a aucun intérêt à voir les prix du cobalt s’effondrer durablement. Mais la clé de voûte de cette stratégie ne réside pas dans ces investissements massifs.
Le succès de CMOC et de l’industrie minière chinoise dans son ensemble est le reflet d’une compétitivité industrielle sans égale. Cette compétitivité est le fruit d’une combinaison de facteurs : une chaîne industrielle intégrée de bout en bout, des technologies de pointe, une gestion sophistiquée et la productivité de ses employés. Ces éléments expliquent bien mieux la capacité des entreprises chinoises à maintenir des prix bas que le simple volume des investissements.
Il ne faut pas oublier que le cobalt est un sous-produit de la production de cuivre et de nickel, deux minerais dont l’extraction est également optimisée par cette compétitivité industrielle. Si l’offre de cobalt est aujourd’hui excédentaire, il est prévu que le marché double d’ici à 2030, tiré par la demande croissante en batteries électriques. D’ici moins de deux ans, la demande pourrait même surpasser l’offre, provoquant une pénurie et une hausse inévitable des prix.
La surproduction actuelle de cobalt est davantage le résultat de l’efficacité industrielle chinoise et de sa capacité à anticiper une demande exponentielle, plutôt que la conséquence de tactiques « prédatrices » dénoncées par les autorités américaines. Cette réalité complexifie la lecture des fluctuations du marché du cobalt et met en lumière la position dominante de CMOC, non pas comme un acteur manipulateur, mais comme un géant industriel capable de répondre aux défis mondiaux de demain.
Des investissements qui témoignent de la confiance de CMOC en l’avenir du cobalt congolais
Autrement dit, le trou d’air constaté sur les prix du cobalt ne saurait être que passager. S’il devait en être autrement, pourquoi CMOC investirait-il, en RDC, 10 millions de yuans en faveur de projets de santé communautaire ? Près de 20 millions de yuans en faveur de l’éducation ? Ou encore 20 millions de yuans pour le développement économique local ? Pas vraiment le comportement d’un groupe qui anticiperait un effondrement du marché du cobalt. S’il fallait encore s’en convaincre, les Nations unies elles-mêmes tablent sur une hausse de + 1 500 % de la demande en lithium, nickel, cobalt et cuivre d’ici à 2050. Il y a donc urgence à produire plus car, toujours d’après l’ONU, « les niveaux de production actuels ne permettent pas de répondre aux besoins pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, conformément à l’Accord de Paris ».