Le Rapport annuel 2025 de la Banque centrale des Comores (BCC), publié le 28 août 2026, consacre une part importante de ses analyses au secteur bancaire national, présenté comme « consolidé » après plusieurs années de réformes structurelles. À fin décembre 2025, l’ensemble du système affiche une progression notable de son activité, une amélioration sensible de la qualité de ses portefeuilles de crédit et, pour certains établissements, une rentabilité en hausse — dans un contexte de modernisation accélérée des paiements et d’élargissement de l’inclusion financière.
L’économie comorienne a enregistré en 2025 sa meilleure performance depuis la crise du Covid-19, avec une croissance du PIB réel estimée à 3,8 %, tandis que l’inflation moyenne annuelle est revenue à 3,3 %, après 5,1 % en 2024. C’est dans ce contexte macroéconomique plus stable que la BCC a maintenu sa politique monétaire prudente, en conservant inchangé son taux directeur — le taux limite de soumission aux appels d’offres de liquidité (TSAO) — à 3 %, tout en ramenant le coefficient de réserves obligatoires de 12,5 % à 10 % au quatrième trimestre pour soutenir la distribution du crédit.
Bilan consolidé et activité de crédit en nette progression
À fin décembre 2025, le bilan consolidé du système bancaire comorien atteignait 262,3 milliards de francs comoriens, contre 229,4 milliards un an auparavant, soit une hausse de 14 %. La progression est portée à la fois par l’augmentation des crédits distribués et par la collecte toujours plus large des dépôts.
Les crédits bruts à la clientèle se sont établis à 145,8 milliards de francs comoriens, en hausse de 8 % sur un an, tandis que les dépôts de la clientèle ont progressé de 13,5 %, atteignant environ 221 milliards de francs (contre 195 milliards en 2024). Ces dépôts demeurent la principale source de financement des établissements de crédit, souligne la BCC, qui insiste sur la nécessité de les orienter davantage vers l’économie productive.
Le paysage bancaire, rappelle le rapport, s’organise autour de quatre banques commerciales — la Banque de Développement des Comores (BDC), AFG Bank Comores (ex-BIC Comores, acquise par le groupe panafricain Atlantic Financial Group en octobre 2020), Exim Bank Comores (filiale d’Exim Bank Tanzania) et la Banque Fédérale de Commerce (BFC) — ainsi que de plusieurs institutions financières décentralisées (IFD) et réseaux mutualistes : le réseau Meck (14 caisses de base à travers les trois îles), l’Union des Sanduk d’Anjouan (32 caisses affiliées) et l’Union des Sanduk de Mohéli (4 caisses). Au total, la BCC recense neuf institutions financières composant le paysage bancaire national.
Amélioration marquée de la qualité des portefeuilles
L’un des faits marquants du Rapport 2025 est la baisse sensible des créances en souffrance. Celles-ci sont passées de 18,3 milliards de francs comoriens en 2024 à 13,4 milliards en 2025, soit un recul de 26 %. Le taux de créances douteuses (NPL) s’établit ainsi à 9 % à fin 2025, contre 14 % un an plus tôt — son niveau le plus bas depuis plusieurs années.
La Banque centrale invite toutefois à interpréter cette amélioration avec prudence. Une partie de la baisse, reconnaît-elle, est liée à des « opérations ponctuelles de nettoyage et de reclassement » des portefeuilles, et non à une amélioration structurelle du profil de risque des emprunteurs.
Rentabilité en hausse, encore concentrée
Pour sa part, le résultat net consolidé des établissements de crédit est passé de 1,2 milliard de francs comoriens en 2024 à 1,8 milliard en 2025, soit une progression de 50 %. Mais la BCC précise que cette performance « reste concentrée sur quatre établissements financièrement solides parmi les neuf institutions du secteur », ce qui traduit une fragilité persistante pour la moitié de la place.
L’écart de rentabilité reflète aussi les disparités d’une place bancaire de petite taille, où quelques acteurs concentrent l’essentiel du bilan et des commissions. Pour la BCC, l’enjeu des prochaines années sera précisément de tirer l’ensemble du système vers le haut, en renforçant la supervision des établissements les plus exposés et en favorisant le développement de nouveaux produits financiers accessibles aux entreprises formelles et aux particuliers.
Renforcement prudentiel et mise en conformité avec Bâle III
Le Rapport 2025 met en avant la poursuite du renforcement du cadre prudentiel comorien. Plusieurs textes relatifs aux fonds propres réglementaires et aux exigences en fonds propres ont été révisés pour assurer leur conformité aux normes de Bâle III. Dans le domaine des paiements, la mise à jour du cadre relatif à la centrale des risques et aux incidents de paiement doit, selon la BCC, « améliorer le suivi de la solvabilité des clients et renforcer la discipline financière ».
L’entrée en vigueur des nouveaux statuts de la Banque centrale a constitué l’autre réforme majeure de l’année. Ces textes — adoptés dans le cadre de la loi bancaire de 2024 — renforcent l’indépendance de l’institution, réorganisent sa gouvernance autour de plusieurs organes spécialisés (dont le Comité de politique monétaire et de gestion des réserves, et le Comité de supervision bancaire) et élargissent ses prérogatives en matière de stabilité financière et de régulation du secteur des assurances.
La BCC a par ailleurs conservé une situation financière jugée solide : son propre total de bilan a progressé de 8 %, pour atteindre 207,9 milliards de francs comoriens à fin 2025, contre 192,2 milliards un an auparavant. Cette hausse s’explique principalement par l’augmentation de ses avoirs en devises — un point important pour un pays dont le franc comorien reste arrimé à l’euro à parité fixe (1 euro = 491,968 KMF).
Le soutien au financement de l’économie : crédit-bail et SOGAK
Pour transformer l’amélioration des indicateurs financiers en croissance réelle, la BCC mise sur deux nouveaux outils destinés aux entreprises.
Le crédit-bail (leasing), introduit officiellement en février 2025, permet désormais aux entreprises comoriennes d’acquérir des équipements productifs sans mobiliser immédiatement d’importants capitaux : la banque finance le bien et le loue au client, avec option d’achat en fin de contrat. Ce mécanisme, encore balbutiant aux Comores, doit faciliter l’investissement productif dans un pays où l’accès au crédit à moyen et long terme reste contraignant.
La Société de Garantie des Comores (SOGAK), officiellement lancée le 13 mai 2025, complète ce dispositif. À fin décembre, elle avait permis de mobiliser 206 millions de francs comoriens de financements bancaires à travers 94 dossiers, dont la quotité garantie peut atteindre 70 % du prêt. Cinq des neuf institutions financières composant la place bancaire avaient adhéré au mécanisme de garantie à la fin de l’année 2025. Les financements se sont concentrés sur les entreprises formelles et le secteur du commerce, reflet d’un tissu économique largement dominé par les activités tertiaires (50 % du PIB en 2025) et agricoles (35 % du PIB).
Modernisation des paiements et inclusion financière
Le déploiement progressif de KomorPay — destiné à automatiser les compensations des chèques et des virements — s’accompagne du développement du Komor Switch (plateforme d’interconnexion entre banques et établissements financiers), du Hub national de paiement et du réseau d’agents bancaires « Mali Ya Wakazi » (« l’argent des citoyens », en comorien). L’objectif est de faciliter les transactions, renforcer leur traçabilité, réduire la dépendance au cash et rapprocher les services financiers des populations insuffisamment desservies par les réseaux traditionnels.

Cette transformation numérique s’inscrit dans la Stratégie nationale d’inclusion financière (SNIF) 2025-2030, première stratégie du genre, adoptée le 8 octobre 2025. La Banque centrale doit présider le Conseil national d’inclusion financière chargé du pilotage stratégique de cette politique, avec un accent particulier sur le développement du mobile money, encore embryonnaire dans l’archipel. L’horizon 2030 est ambitieux : taux d’inclusion financière de 75 %, taux de bancarisation élargie de 70 %, en partant d’un taux de bancarisation élargie de 39 % en 2024. Les transferts de la diaspora, qui représentent désormais plus de 20 % du PIB — contre moins de 3 % en 1975 — fournissent un socle de liquidité que la BCC entend canaliser vers les circuits financiers formels.
Les défis de 2026
Pour la BCC, le défi des prochaines années est désormais de transformer ces acquis en financement plus direct de l’économie productive. La stabilité financière, la résolution des difficultés persistantes de certaines banques, la relance du crédit au secteur productif et l’entrée en vigueur des prérogatives de régulation du secteur des assurances figurent parmi les priorités affichées pour 2026.
Le Rapport 2025 trace ainsi la voie d’une nouvelle phase pour le système financier comorien, davantage fondée sur la digitalisation, l’interopérabilité des paiements, l’élargissement de l’accès aux services financiers et le soutien à l’investissement productif. Une transformation qui constitue, selon la Banque centrale, l’un des leviers de la marche des Comores vers une croissance plus inclusive et durable.

